Aperçu de l’arbre généalogique de Carl Pierrecq

© Carl Pierrecq


Aperçu de mon arbre généalogique (English version) : Ma mère est la descendance de Faustin Soulouque (1782-1867),  ancien esclave de Saint-Dominque qui  participa à la guerre de l’indépendance haïtienne, homme militaire, président d’Haïti (1947-1949)  et Empereur d’Haïti (1849-1859) sous le nom de Faustin 1er. Mon père, de son côté, est de la lignée d’une sage-femme de Saint-Dominique, avant la révolution haïtienne, dans les années 1750,  qui donna la mort aux nouveau-nés (comme acte de rébellion) pour qu’ils ne soient pas mis en esclavage.

Curieusement, ils se sont rencontrés pour la première fois en 1982, à la rue Faustin 1er, à quelques pas des restes de l’empereur, au petit cimetière de Petit-Goâve.

1982-1782 : en cette année-là qui marquait les 200 ans de naissance de Faustin 1er, mes parents se sont mariés deux fois. Hasard ? Rencontre ? Rendez-vous ? En tout cas,  c’est pour moi l’une des énigmes de l’amour et de la vie, en gros.

Moi.  Comme mes parents, je suis né à Petit-Goâve en 1994. C’est la ville dont l’écrivain Dany Laferrière  est originaire et où il a passé son enfance. Il a chanté cette ville dans plusieurs  romans dont  L’odeur du café.

Mon père est un homme  qui connaissait tout le répertoire de la chanson française des années 70.  Tous les jours, il chante et danse tout seul. Ma mère, de son côté, n’a jamais cessé de chanter des morceaux de folklore haïtien,  mais elle disait aussi des contes tous les soirs. Alors j’ai grandi dans cet univers de chanson-là, mi-francophone mi-créolophone. Le français a été longtemps pour moi la langue de la chanson, de la musique. Je suis passionné de cette langue. Mon premier talent, en effet, se rapporte à la chanson.  Très tôt, j’ai chanté et joué gauchement à la guitare.

J’ai grandi dans une maison assaillie de livres. Lire, pendant ma petite enfance, était la seule chose que j’aimais. Je n’aimais pas la compagnie des gens. Je ne leur parlais pas. Ce n’était pas de la xénophobie puisque je ne communiquais même pas à mes frères et sœurs. Au quartier où j’ai grandi, beaucoup de gens ne me connaissaient pas. Et, Lorsque, au hasard d’une rencontre, ils sont au courant pour mon existence, ils étaient étonnés de mon silence et  de ma solitude. Bref, je suis un solitaire endurci. Aujourd’hui, en pensant à cette période, je conclus que j’étais autiste. Bon, je ne suis spécialiste d’aucun trouble mental ou émotionnel. Un ami, une fois, s’est présenté à la maison avec un ouvrage d’Arthur Schopenhauer. Nous avions tous les deux 13 ans. Depuis ce jour-là, Schopenhauer et moi sommes amoureux. C’est mon philosophe favori.  Avec l’âge, je lirai Le monde comme volonté et comme représentation. Je crois que ma première vraie réflexion était sur le temps. Je suis fasciné par cette chose d’une manière presque ridicule.

Enfant, je disais tout le temps à ma mère que je mourrai jeune. Elle ne voulait pas que je dise de pareilles choses. Après, je prenais l’habitude de dire que c’est moi qui mettrai fin à mes jours. Elle était de plus en plus fâchée contre moi. Je suis alors un écrivain habité par la mort.

À 16 ans, l’écrivain Dominique Batraville, qui était ébloui par l’un des mes recueils de poèmes, voulait me faire publier, j’ai refusé. Mon premier poème est paru  au Cahier du jeudi soir, que dirigeait l’écrivain Lyonel Trouillot, autour du terme “Apocalypse de Jean”. En ce sens-là, je suis fasciné par les catastrophes humaines et de tout ce qui se rapporte au dévoilement de la fin des temps.

Je suis un échantillon d’être assez problématique. Il m’arrive de dormir plus de 48 heures sans me réveiller. Silencieux. Comme mort. Et si dans ma petite enfance, je paraissais un peu autiste, ma mémoire impressionnait toujours les gens. En blaguant, comme ça, je peux dire l’intégral du Cahier du retour au pays natal ou Le commissaire est bon enfant de Georges Courteline. J’ai joué au tennis, fait du dessin puis du théâtre (2008-2014) avec un metteur en scène du Petit Conservatoire.

À 19 ans, j’ai écrit un essai sur l’écrivain le plus énigmatique de la littérature haïtienne intitulé « Frankétienne, corps sans repères ». Une partie de ce travail était publié, en 2014, sous forme d’article dans le quotidien le plus ancien d’Haïti, Le Nouvelliste et deux autres parties, au quotidien Le National, en 2016.  Frankétienne (qui était dans la liste du prix Nobel de littérature), qu’on dit souvent voyant, a prédit  en  novembre 2014 que je serai un écrivain mondialement reconnu. J’ai écrit sur Frankétienne, en 2013, après une opération chirurgicale. Je croyais que j’allais mourir. Bizarrement, pendant longtemps, c’est la prédiction  de Frankétienne qui m’a gardé en vie et puis, une histoire d’amour de haute altitude. En 2015, j’avais fait une longue étude comparée entre L’Ange de Charbon de Dominique Batraville et Aurélia de Gérard de Nerval, mais Le Nouvelliste avait emputé mon travail à 70% parce que les vocabulaires utilisés dans l’étude étaient sexuels. On ignorait que c’était exactement ça mon travail intellectuel: penser la littérature par la sexualité. En tout cas, “Dominique Batraville prend langue avec Gérard de Nerval” fut ma première censure.

En 2015, j’ai intégré Le National comme journaliste critique.  J’ai notamment écrit sur les arts plastiques et le théâtre. En fréquentant toutes les expositions, j’ai  fini par écrire  un essai sur les mouvances de l’art contemporain en Haïti titré « Haïti : l’esthétique de la mort » ; une partie de cet essai était partagé au grand public sous forme de conférence en 2016 au Café-Philo Haïti. Entre temps, j’ai   fait de sérieuses études : Lettres Modernes (ENS), L’Histoire de l’art et archéologie (IERRAH-ISERSS), le Droit (EDSEG). J’étais finaliste à quelques prix littéraire: prix du jeune écrivain de langue française (2019) pour La collectionneuse et Prix littéraire de Nouvelles de l’Iram (2018) pour L’autre-Soi.

J’ai surtout collaboré à des revues de littérature contemporaine comme Trois-Cent-Soixante, Do-Kre-I-S, Legs et Littérature (où j’étais responsable de la rubrique Regards). J’ai travaillé en collaboration avec des institutions culturelles et juridiques, tels que des cabinets d’avocat, le Ministère de la culture, des organisations œuvrant dans l’art, surtout l’Art contemporain.

Entre roman, théâtre, nouvelle, poésie, essai, ma littérature est entre autres traversée par des termes comme L’amour, La mort, Le temps, La trace, Le Corps et L’enfance.

Quand je suis dans un sérieux projet littéraire, j’ai peur. Quand je suis sur le point de terminer un projet d’écriture, je ne traverse même pas la rue. Pour moi,  l’écriture c’est le lieu absolu de la peur, de la servitude du corps,  de la mise en abime du corps.

Moi, Carl Pierrecq, dandy et esthète, je traverse la vie avec un long sourire, mais  je suis pourtant un écrivain pessimiste qui croit que la vie est un placebo insipide, comme il est écrit dans UN ROMAN CHINOIS.


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